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L’autoroute côté nature : une biodiversité d’une richesse méconnue

Publié le 28.03.2019

De chaque côté des voies, il existe un monde insoupçonné : celui des talus et des prairies, peuplé d’espèces végétales et animales diverses. Comment favoriser la biodiversité le long de nos réseaux tout en assurant votre sécurité ? Plongée dans l’étonnant univers de la gestion des dépendances vertes, aux côtés de Claire Brun, déléguée au développement durable du groupe APRR, qui a accepté de répondre à nos questions.

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Talus, paysages, espèces animales diverses : en marge des voies, il existe une biodiversité d’une richesse insoupçonnée.

L’autoroute, c’est du bitume, des ponts, des tunnels qui semblent laisser peu de place à la nature. Info ou intox ?

Claire Brun
Intox ! Les réseaux APRR et AREA, c’est plus de 10 000 hectares appelés « dépendances vertes », à savoir les zones situées de part et d’autre de la chaussée, jusqu’aux clôtures, y compris les espaces verts des aires de service et de repos… soit la superficie de Paris intra-muros répartie sur un ruban de 2 300 kilomètres de long. Entre la plaine et la montagne, les zones d’agriculture, de pâturage et les espaces forestiers, l’autoroute traverse des géographies et des milieux totalement différents. Aux abords des voies, c’est donc une succession d’écosystèmes très variés que nous préservons.

Quand on roule, on remarque que certains talus sont entretenus, d’autres semblent laissés à l’état sauvage. Pourquoi une telle différence de traitement ? 

C’est la gestion différenciée. Notre politique d’entretien des dépendances vertes nous incite à maintenir les écosystèmes dans leur dynamique naturelle tout en intégrant d’autres aspects de l’exploitation autoroutière. Nous laissons par exemple le bois mort, quand cela ne constitue pas un danger pour les usagers, afin de laisser les insectes xylophages faire leur travail de décomposition du bois. Certaines espèces aiment nicher dans des buissons, d’autres préfèrent les herbes rases. D’autres encore, comme les petits mammifères, ont besoin de lieux de cachette. Nous respectons cela et laissons autant que possible le cycle naturel s’opérer. C’est la raison pour laquelle nous n’intervenons sur certains talus que tous les deux ou trois ans. D’où la diversité des paysages que les automobilistes peuvent voir. 

En quoi consiste l’entretien de ces talus que vous souhaitez laisser le plus libres possible ?

Notre premier enjeu, c’est la sécurité des usagers et des personnels intervenants sur l’autoroute. Il faut donc entretenir ces espaces pour ne pas qu’ils soient à l’origine d’accidents. Ainsi, aux abords directs des voies, nous maintenons une bande d’herbe de moins de 40 cm de haut sur une largeur de trois mètres pour que les automobilistes puissent se mettre en sécurité en cas de panne ou d’urgence, loin des voies circulées. De même, nous laissons un accès libre aux clôtures pour en faciliter la surveillance ainsi qu’à tous les équipements autoroutiers (caméras, locaux techniques, panneaux, etc.). 

On voit peu de grands arbres. Pourquoi ?

Il existe des talus boisés, notamment sur l’A39 dans le Jura. En revanche, nous ne laissons pas la forêt se développer en bordure d’autoroute car elle constitue entre autre un habitat pour les gros mammifères. Nous ne pouvons pas laisser circuler ces animaux à proximité immédiate du réseau pour des raisons évidentes de sécurité.

Certains gros animaux parviennent cependant à pénétrer sur le réseau, n’est-ce pas ? 

Oui, car le réseau n’est pas étanche, en particulier au niveau des diffuseurs. Nous informons alors rapidement les usagers de la présence d’un animal et intervenons pour le faire sortir. Pour cela, nous avons installé des échappatoires en certains points clés de nos clôtures, des portillons qui ne s’ouvrent que dans un seul sens. Les agents qui interviennent font en sorte d’amener l’animal, sans violence, vers l’une de ces « issues de secours ».

Quels types d’animaux vivent sur les talus ?

Il y a une telle biodiversité qu’il est impossible de la décrire de façon exhaustive. Quand nous faisons des inventaires, nous observons des insectes, des batraciens, des reptiles, des mammifères de petite taille et beaucoup d’oiseaux. Certaines espèces d’oiseaux, comme la Linotte mélodieuse, affectionnent les lisières boisées. En milieu forestier, la construction d’une autoroute créé deux lisières, ce qui favorise la nidification et le développement de ces espèces.

Qui veille à l’entretien de tous ces espaces ?

Sur le terrain, ce sont les agents routiers APRR et AREA qui assurent l’entretien : ils sont formés à la connaissance des végétaux, à leur taille, au maniement des outils et aux pratiques raisonnées, favorable à la biodiversité et utilisant peu de produits phytosanitaires. Pour des interventions nécessitant un savoir-faire particulier, nous faisons également appel à des entreprises spécialisées. Enfin, nous nouons des partenariats avec des agriculteurs pour le fauchage de certaines prairies et la récolte du foin. 

Tout ceci ne risque-t-il pas de distraire ou de mettre en danger les automobilistes ?

Non, au contraire, c’est bon pour la biodiversité, pour les paysages et pour les usagers. En effet, les variations du paysage rythment le voyage, cassent la monotonie et luttent ainsi contre l’hypovigilance et la somnolence. Les aménagements paysagers sont aussi utilisés pour éveiller l’attention des automobilistes à l’approche d’une zone potentiellement à risque comme aux abords des entrées d’autoroutes. Et quoi de mieux qu’une belle palette de couleurs lors des floraisons printanières pour égailler un trajet quotidien ou un long voyage ! 

L’aire du Gîte aux Loups sur l’A71 : une aire de repos très nature

Un diagnostic naturaliste réalisé en 2017 par l’association Nature 18 a permis d’identifier la présence d’espèces très variées :

  • 5 espèces de chauves-souris (pipistrelles, noctules, murins) ;
  • 4 espèces de reptiles (lézards et serpents) ;
  • 27 espèces d’oiseaux dont la Linotte mélodieuse, le Chardonneret élégant, le Rougegorge familier ou encore la Fauvette à tête noire ;
  • 22 espèces de papillons de jour dont le Flambé (qui apprécie les haies), le Petit sylvain (typique des lisières et allées forestières) et l’Azuré du Serpolet ;
  • 49 espèces de papillons de nuit ;
  • 319 espèces d’invertébrés parmi lesquels 283 espèces d’insectes.

210 000

Le nombre d’heures consacrées à l’entretien des espaces verts en 2018 par les agents APRR et AREA